Les passagers ne comprennent rien. Un incident sur la ligne. Ils attendent, ils n'ont pas le choix. Ils sortent leurs portables. Je vais être en retard. Ne m'attends pas. Je n'en sais rien. Tu m'attendras ? Oui, on est en pleine brousse. Putain ! Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Je regarde le paysage. Il y a des vaches. Non, elles sont plutôt beige. Des blondes d'Aquitaine ? Peut-être. En tout cas elles ont l'air con.
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Vue du train, la maison ressemble à un jouet. C'est le rouge des briques qui fait ça. La toiture et les fenêtres sont en place, quelques plantes en pots indiquent qu'elle est habitée, mais tout le reste de l'extérieur est à l'état brut, le balcon n'a pas encore sa balustrade et l'ensemble paraît léger. On l'imaginerait bien déplacée par les doigts d'une main géante.
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Nathalie est partie le mercredi, entre les deux tours des élections régionales. Elle est revenue pour partir, son travail l'obligeant à s'absenter au moins trois jours par semaine, elle a pris des congés. Il n'a pas eu conscience d'un problème avant qu'elle lui en parle, mais, une fois les mots prononcés, il a l'impression de comprendre tout de suite, il ne se sent même pas étonné. Dans un premier temps elle ira chez une amie à Brive. Comme son secteur est très grand et elle passe la plupart de son temps en déplacement cela ne posera pas de difficulté, à part des réunions ponctuelles à Paris son bureau d'attache est son ordinateur portable.
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Merde ! dit son collègue. Et plus tard : te bile pas. Après, qu'est-ce qu'il y a à dire ? On l'observe, le temps fera le reste.
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Ça le préoccupe que Nathalie ne soit pas là pour le deuxième tour. Si lui n'a pas envie de retourner à la mairie seulement pour conforter un moindre mal, Nathalie insistait toujours sur le devoir de participation. L'idée qu'elle ne votera pas l'attriste. Il pense un moment utiliser son vote pour elle, mais a conscience que cela l'énerverait si elle savait.
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Le dimanche il fait beau. Il passe la plupart du temps dans le jardin, mais avance par à-coups quelques travaux à l'intérieur. En réalité il papillonne plus qu'il ne travaille. Sans Nathalie tout semble provisoire, quand il traverse les pièces le calme lui paraît artificiel. Le silence l'attrape, le repousse dehors.
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Le soir, en préparant à manger, il se dit que ça a été une belle journée. Il se dit qu'il ne se laisse pas aller. Il allume la radio pour l'émission consacrée au scrutin, mais comme d'habitude, il n'y a pas réellement des résultats, simplement des prévisions, des sondages sortis des urnes. Il ne comprend pas que les gens répondent à ces sondages, et encore moins qu'ils disent la vérité. Spontanément il formule une phrase sur le cirque décevant de la politique et est sur le point de l'exprimer quand le départ de Nathalie le frappe avec une nouvelle force. Il éteint la radio. De toute façon, il n'y aura pas un grand renversement.
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À la tombée de la nuit, il ne sait pas quoi faire. Il grappille des fragments d'envie de son esprit, mais cela ne fait pas un ensemble. L'écran gris de la télévision le met mal à l'aise, comme un reproche, comme le regard d'un mendiant. Avec Nathalie l'allumer était le choix du non-choix, quelque chose qu'ils faisaient pour ne pas avoir à faire autre chose. Au lieu de céder, il sort par la porte-fenêtre. La terrasse court le long de la façade sud, une deuxième porte-fenêtre donne sur la chambre principale, ils y avaient installé provisoirement une table et deux chaises en plastique sur la plateforme de béton. Les éléments de la balustrade et le carrelage sont dans le garage. Il s'assoit sur le bord, les jambes dans le vide, surplombant la partie basse du terrain, qui descend de façon assez raide jusqu'à la clôture de barbelé délimitant le champ qui complète la pente. En bas du champ le chemin de fer passe sur une petite levée. Plus loin, après une plantation de peupliers, la route. Dans vingt minutes il y aura un train.
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Le champ entre le jardin et les rails est habité par des vaches. Ça leur à plu tout de suite l'idée d'être voisins des vaches. Ils avaient passé de bons moments à les observer, et avec elles à regarder les trains. Dans l'obscurité il ne les distingue pas, d'habitude elles se regroupent dans le coin à droite pour la nuit. Il essaye de les visualiser dans son esprit, de les ramasser en boule, une peluche de nostalgie, un doudou mental, mais il n'arrive pas à se concentrer. La vie d'une vache. Ils en ont souvent parlé, quel attrait ça pouvait avoir, si elles étaient bêtes ou philosophes, s'il y avait une différence. Un frisson le secoue. Encore quinze minutes avant le passage du train. Il avait l'intention de l'attendre, mais son corps se remplit de froid. Il se lève et marche d'un bout à l'autre de la terrasse. Par les porte-fenêtres il regarde les intérieurs, la chambre, le salon. Ils font bonne impression, donnent envie d'y être, comme si ce n'était pas chez lui. Indécis, il continue à faire des aller-retours sur la dalle de béton. L'idée d'attendre le train le tient comme un engagement et bien qu'il ait conscience de l'absurdité de s'obstiner pour un but si vide, il répugne à rentrer tout de suite. Puis en marchant il ressent une piqûre sur la lèvre supérieure. Il pense à un insecte et fait un geste pour le chasser. Un nouveau frisson remonte dans son corps, il se dit que peut-être il s'enrhume. Du bord de la terrasse il donne un dernier coup d'œil vers le champ, le remblai de la voie ferrée, et revient dans le salon avec un sentiment de regret. Il n'est pas tard, il n'a pas sommeil, mais il ne sait pas comment remplir le temps. Le picotement de sa lèvre persiste, il se demande s'il n'a pas d'autres symptômes, la gorge sèche par exemple, des yeux rouges. Finalement il fait une tisane, prend un livre laissé par Nathalie sur le buffet et se réfugie au lit.
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Le lendemain le picotement s'est calmé, mais sa langue découvre une petite boule dure sous la peau de sa lèvre. Au travail il dit, je crois que j'ai attrapé la crève. Oui, on répond, il y a plein de monde qui l'ont en ce moment. Plusieurs fois pendant la journée il pense au livre commencé la veille, et avec la progression de l'après-midi il devient de plus en plus impatient de rentrer pour le continuer.
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Nathalie laisse des messages sur le répondeur. Elle le prévient de ses passages à la maison, toujours pendant la journée, quand il travaille. Elle dit que c'est mieux comme ça. Quand une vraie conversation est indispensable ils sont retenus, restent cois de longs instants. C'est comme un début. Comme le début. Il s'en souvient. Il a l'impression qu'il suffirait de peu, de la bonne phrase articulée au bon moment, pour que cela devienne une histoire d'amour. Après être restée stagnante quelques jours, la boule sous la peau de sa lèvre se transforme en vrai bouton, clairement visible, par contre, aucun autre symptôme ne se déclare.
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Tous les livres dans la maison appartiennent à Nathalie. Avant, il ne lisait pas. Il ne trouvait pas le temps. Les brèves périodes de calme entre le travail, le bricolage, le sommeil, ce n'était pas du temps, c'était des absences, des trous qu'il remplissait de sa fatigue. Nathalie lisait régulièrement, tous les jours. Elle lisait sérieusement, presque comme un travail, cela la passionnait. Il aimait ça et était certain qu'un jour elle écrirait aussi. Elle ne disait ni oui ni non. Il lui disait que la lecture était son jardin secret, mais elle répondait que la littérature n'avait rien de secret, c'était juste des livres, il suffisait de les ouvrir.
Depuis ce premier dimanche après son départ il lit chaque soir, piochant au hasard parmi les titres sur les étagères. Il la retrouve dans la lecture. En tournant les pages il a l'impression de retracer les pas d'un voyage qu'elle aurait fait sans lui. Il y a des choses qu'il n'aurait jamais imaginées, des choses qu'il n'aurait jamais imaginées qu'on pourrait imaginer. Ensuite les journées de travail lui semblent longues, creuses. De plus, le bouton sur son visage grandit et, par intermittence, lui fait mal.
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À la première consultation, le médecin prescrit une crème, des antibiotiques et lui dit de revenir après une semaine s'il n'y a pas d'amélioration. À la deuxième, deux semaines plus tard, il lui conseille des examens et un rendez-vous avec un spécialiste. Il propose de contacter un collègue à la clinique locale. C'est privé ? Oui, je le connais, il est le meilleur. À l'hôpital public ce n'est pas possible ? Si, peut-être, je crois qu'ils ont encore quelqu'un, mais, je ne le connais pas. À la clinique ils pratiquent systématiquement des dépassements, c'est cher. Vous êtes remboursé. Pas tout. Bon, c'est à vous de décider. C'est votre santé, si vous n'êtes pas prêt à payer... Il regrette d'être venu. Il n'en sait rien, il pense à de nombreuses discussions avec Nathalie, il ne veut pas la décevoir. Pour le principe, je préférerais quand même l'hôpital. En entendant le mot principe dans sa bouche, il se sent gêné.
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Petit à petit la présence concrète de Nathalie s'amenuise. Il rentre le soir et trouve un rayon de livres en moins, un tiroir de vêtements vidé. Parfois elle lui laisse un petit mot. Il le lit, le relit, le pose sur la table devant son assiette quand il mange, comme s'il s'agissait d'un billet doux. Il se dit que la maison a toujours eu l'air de contenir une absence, ils s'y étaient installés sans totalement l'investir. Ils n'ont pas su harmoniser l'espace et les murs. L'impatience d'arriver au bout des travaux sapait la volonté de s'y mettre. Leurs regards portaient plutôt vers l'extérieur, les vaches, les trains. Un sens d'inachèvement s'est instauré par défaut. Parce qu'on voulait vivre. Parce qu'on ne savait pas ce qu'on voulait vivre. Parce que c'était trop. Parce que ce n'était pas assez.
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Devant le miroir, il essaye de rationaliser sa peur. Il ne voit pas ce qu'il voit. Ce n'est pas possible. Mais au travail, on fait des réflexions, il se sent entouré d'une consternation ambiguë, on ne sait pas comment le regarder. De la sympathie au mépris, le chemin n'est pas long. Le bouton, qui ne cesse de gonfler, commence à déformer sa bouche et le patron l'affecte à de nouvelles taches dans la réserve, l'éloignant du comptoir, limitant son contact avec le public. Enfin, on lui dit que ce n'est plus possible, qu'il ne peut pas travailler dans cet état-là et que d'ailleurs on ne le sent pas engagé par ce qu'il fait.
Ça va ? Ça va. Et toi ? Oui, ça va. Il ne reste pas grand-chose. Non, la prochaine fois ce sera fini, peut-être la semaine prochaine, je ne sais pas encore, je t'appellerai. Il va falloir décider pour la maison aussi. Oui, c'est vrai, mais bon, ce n'est pas pressé. Non, on a le temps. Tu voudrais peut-être la garder ? Je ne sais pas. On s'arrangera en tout cas.
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Hors de proportion, le bouton rend tout difficile. Il a du mal à parler, manger est pénible. Avec le beau temps, il laisse tout ouvert et s'installe dehors, souvent sur la terrasse. Il lit, il a l'impression que tant qu'il a une lecture en cours rien ne peut arriver, mais il ne reste qu'un petit tas de livres. Et sa concentration se fragmente. Entre les pages, il arrose une plante, arrache une mauvaise herbe. Il ne rate aucun train. Nathalie laisse un message, elle croit qu'il travaille. De toute façon, il ne répond plus au téléphone. Le jour où elle vient chercher ses dernières affaires il prend la voiture et s'absente. À son retour, le silence de la maison s'est accentué. Il n'y a pas de mot. Il n'y a plus de livres, même celui qu'il venait de commencer a été emporté.
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Se déplacer devient un combat. Le téléphone sonne, il n'écoute même plus les messages. Dans son délire il se dit qu'il rêve. Le temps des rêves est une illusion, la douleur aussi. L'idée que ce temps et cette douleur n'ont pas de durée lui plaît, mais il aimerait bien se réveiller, car il ne voit plus rien. Le bouton bloque tout, son corps est devenu l'excroissance. Perché sur le lit, il essaye de se redresser, mais ne maîtrisant pas l'équilibre de ses membres il se balance en arrière. Ses pieds rentrent dans sa bouche, le choc le fait avaler. Il s'engloutit jusqu'à former avec le bouton une grosse boule que le remue-ménage fait basculer. Elle tombe du lit, roule par la porte-fenêtre et chute du bord de la terrasse. Rebondissant sur la pente du jardin elle gagne en vitesse et passe au-dessus de la barrière en barbelé. L'air de rien une vache recule pour éviter d'obstruer sa trajectoire et au fond du champ la boule se heurte contre l'abreuvoir avec une telle force qu'elle est rejetée dans l'air. Elle finit logée sur la voie ferrée. L'impact du train la fait exploser.
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Des regards bovins s'échangent. Impassibles côté vaches, moins côté passagers, pour qui l'attente a déjà trop duré. Ils regardent les fenêtres comme si elles étaient des écrans où est projeté un film ennuyeux, manquant d'action. Au-delà des flancs boueux des bêtes, rien. Un paysage ordinaire, une colline, des champs, des arbres, une maison en construction, une ferme. Une petite voiture jaune apparaît au sommet du coteau. Elle descend jusqu'à la ferme, fait une halte, puis poursuit les tournants menant à la nouvelle maison. En ouvrant la portière la factrice regarde le train à l'arrêt, elle espère que le passage à niveau n'est pas bloqué, cela la retarderait. Elle continue de l'observer, essayant de deviner ce qui se passe, pendant qu'elle coince dans la boite regorgeant de publicités quelques réclames de plus et une enveloppe. L'enveloppe porte le tampon de l'hôpital public. La lettre à l'intérieur informe le concerné, avec regret, que son rendez-vous avec le spécialiste a été annulé, et l'invite à téléphoner au numéro indiqué pour en prendre un autre.
Je n’ais pas aimé cette nouvelle parce qu’on se perd dans le descriptif de l’histoire, on a du mal à suivre les étapes, sa compréhension en est difficile.
RépondreSupprimerJe n'ai pas aimé cette nouvelle , car pour moi , l'histoire n'a aucun sens , beaucoup de mélange , je doute que le lecteur puisse comprendre l'histoire en une seule lecture.
RépondreSupprimerJ'ai trouvé cette nouvelle compréhensible,mais pas trés intéressante,bien que la fin m'ai paru difficile et que la chronologie des évènements n'est pas logique. De plus les dialogues ne sont pas différenciés du récit
RépondreSupprimerC'est une nouvelle qui , selon moi , attire l'oeil du lecteur à l'aide de phrases courtes et simples . Malheureusement , je trouve que la suite de cette nouvelle est confuse , l'utilisation du fantastique n'est pas adaptée , une nouvelle fois selon moi , à ce type d'histoire . Cette nouvelle me laisse sur ma faim .
RépondreSupprimerJe n'ai pas du tout aimé cette nouvelle car je pense que cette nouvelle a beaucoup de confusion. On se perd. Elle était vraiement difficile à comprendre, mais surtout à suivre.
RépondreSupprimerCécile